COVID19

COVID-19 : Petite enfance et services de garde

La reprise progressive des services de garde dans le contexte sanitaire actuel soulève de nombreuses questions et inquiétudes pour de très nombreux parents et pour les éducatrices et intervenants du secteur de la petite enfance et les gestionnaires de milieux de garde. Il représente, nous le savons, de nombreux défis organisationnels et structurels.

En effet, comme nous l’avons souligné dans notre lettre du 1er juin 2020, le couvre-visage et le masque de procédure représentent un véritable obstacle pour de nombreuses personnes et particulièrement pour les tout-petits qui se trouvent en pleine période d’acquisition du langage et de développement de leurs habiletés psychosociales.

C’est donc sans surprise que de nombreux parents, éducatrices et organismes en intégration sociale nous ont signalé inquiétudes, incompréhensions et difficultés quant à l’application des mesures de protection en milieu de garde (1), tandis que plusieurs, fort heureusement, ont partagé des solutions efficaces, créatives et éprouvées que nous souhaitons vous partager (2). Enfin, vous pourrez découvrir les actions que nous avons entreprises et des ressources complémentaires développées par d’autres organismes (3).

Inquiétudes, incompréhensions et difficultés

Retour en service de garde

La directive gouvernementale du 9 avril 2020 concernant le soutien aux enfants vulnérables (dont font partie les “enfants handicapés ou à besoins particuliers pour lesquels le service de garde reçoit une subvention (AIEH, MES) et qui sont particulièrement vulnérables du fait qu’ils ne fréquentent plus leur service de garde actuellement”), recommandait de leur offrir une place en service de garde en cas de besoin. Mais les services de garde ne semblent pas avoir reçu d’autres recommandations de mesures à mettre en place pour répondre de manière adéquate aux besoins particuliers de ces enfants.

Ainsi, le retour en service de garde semble très inégal : on constate tantôt un retard dans le retour des enfants ayant des besoins particuliers (par crainte du manque d’adaptations, ou  en raison des risques de complications médicales pour les enfants ayant une santé fragile ou des facteurs de risque), tantôt un retour de quasiment tous les enfants ayant des besoins particuliers, en raison des ratio diminués qui offrent de meilleures conditions d’accompagnement et de stimulation pour ces enfants.

Les équipements de protection individuels (EPI)

Comme mentionné précédemment, les masques de procédure opaques représentent un obstacle majeur à la compréhension de l’oral notamment pour les enfants ayant une surdité – mais également un obstacle à la transmission des expressions faciales et donc de l’interprétation des émotions. De nombreux parents et éducatrices ont ainsi mentionné l’inquiétude et l’anxiété que le port des EPI génère chez les tout-petits.

Les mesures de distanciation sociale et de désinfection

De manière générale, il a été constaté une ambiguité quant à l’interprétation des règles de distanciation sociale et des ratios, notamment en regard à la possibilité d’accueillir des partenaires extérieurs (centre de réadaptation, organismes en intégration etc.) ou des accompagnateurs et accompagnatrices.

Par ailleurs, de nombreuses éducatrices soulignent la difficulté à respecter, en pratique, la distance de 2 mètres, particulièrement avec les enfants ayant des besoins particuliers.

Les enfants, eux, semblent confus et n’osent plus prendre des initiatives de jeu ou de socialisation, ne sachant plus ce qu’ils ont le droit de faire ou non.

Enfin, les protocoles de désinfection et d’utilisation de matériel partagé ont restreint à la fois matériel utilisable par les enfants et la distance entre eux et avec les éducatrices et rendent ainsi plus difficile les activités de stimulation précoce ainsi que leur développement social.

Pistes de solutions et adaptations envisagées

Au vu des difficultés et impacts évoqués précédemment, nous saluons l’abolition récente de la règle de distanciation entre les enfants ainsi qu’entre les enfants et le personnel éducateur attitré et espérons que ces nouvelles mesures bénéfiques pour le développement psychosocial des tout-petits.

Enfin, nous tenons à souligner que les milieux de garde qui ont fait preuve de créativité et de souplesse pour mettre en place des adaptations inclusives ont constaté des impacts très positifs.

Équipement de protection individuel (masques etc.)

La CNESST indique à présent dans le guide des normes sanitaires en milieu de travail pour les services de garde – COVID-19 que “Tous les membres du personnel en contact direct avec les enfants, lorsque les tâches nécessitent d’être à moins de 2 mètres et sans barrière physique, doivent obligatoirement porter une protection respiratoire et oculaire pour la durée du contact.”

Selon les retours que nous avons eus :

  • Les protections oculaires de type lunettes semblent plus adaptées (en terme de confort de port et de confort visuel) que les visières
  • Un inspecteur de la CNESST a approuvé l’utilisation d’un masque de procédure transformé avec insertion transparente. Il s’agit d’un prototype développé par un CIUSSS qui n’a toutefois pas reçu d’homologation.
  • Nous attendons prochainement la commercialisation de masques de procédure avec insertion translucide par une entreprise québécoise possédant l’agrément de Santé Canada et avons la confirmation que le Ministère de la Famille est sensible aux problématiques soulevées et suit l’évolution de cette commercialisation.

Conseils aux gestionnaires de service de garde :

  • Nous vous recommandons de contacter la CNESST afin d’obtenir l’autorisation d’utiliser un masque inclusif, comme cela a pu être fait dans plusieurs services de garde.
  • Pour retrouver quelques modèles et fournisseurs de masques inclusifs (non approuvés) : cliquez ici

Explications et mise en place de nouveaux repères

Afin de rassurer les tout-petits ainsi que leurs parents face au bouleversements de leurs repères et de leurs habitudes et intégrer progressivement les EPI et les mesures sanitaires,  plusieurs actions ont été menées par des éducatrices, avec succès :

  • Avant le retour : Envoi aux familles d’une vidéo avant le retour en service de garde pour expliquer les nouvelles mesures et présenter les éducatrices sans et avec leur EPI, afin que l’enfant puisse se familiariser. Cette familiarisation a parfois été faite par vidéoconférence ou même devant le domicile de la famille (dans le respect de la distanciation sociale)..
  • Accueil :
    • Accueil plus long pour chaque enfant et plage horaire plus longue pour accueillir un par un chaque enfant/famille en toute sécurité.
    • Utilisation de photos des éducatrices sans leurs EPI (affichée à l’accueil, dans les locaux, ou bien sur une carte plastifiée qu’elles gardent avec elles)
  • Routine quotidienne :
    • Utilisation de pictogrammes et autres indices ou repères visuels (photos de l’enfant qui réalise certaines activités) pour aider à instaurer de nouvelles activités dans la routine quotidienne (nettoyage des mains etc.). Pour trouver des pictogrammes gratuits : Les Pictogrammes
    • Garder autant que possible et souligner à l’enfant toutes les activités de sa routine régulières qui ont été conservées afin de le ramener à des repères connus et rassurants.

Communication / compréhension : 

  • familiariser l’enfant avec le décryptage des expressions des yeux/sourcils
  • utiliser des indices visuels
  • utiliser des signes (voir nos 5 vidéos gratuites Mes débuts en LSQ) ou des gestes naturels en support à la compréhension
  • Se rapprocher du centre de réadaptation de l’enfant ayant une surdité (si porteur d’appareil auditif ou d’implant) pour évaluer la possibilité d’utiliser un système MF.

Aménagement des locaux

  • installer des repères visuels ludiques au sol et aux murs pour favoriser le respect des distance lors des déplacements selon les identifications des groupes (exemple : pour le groupe des Grenouilles, imprimer des illustrations de grenouilles!). Pour trouver des illustrations gratuites : Freepik
  • Si nécessaire et si possible selon les aménagements des locaux, utiliser des dispositifs en plexiglas avec ouverture en bas (posé au sol ou sur une petite table) : pour des activités individuelles de stimulation précoce. (voir tutoriel de fabrication du CIUSSS de la Mauricie-Centre du Québec)
  • Favoriser les activités à l’extérieur tant que la saison le permet

Tirer profit des mesures actuelles

Les défis engendrés par les restrictions et nouvelles normes sanitaires sont nombreux… néanmoins il est important de souligner et de tirer profit des quelques bénéfices qui en ressortent : les ratios réduits permettent de réaliser des activités de stimulation et un accompagnement plus suivis et personnalisés… et la désinfection régulière du matériel et des locaux semble avoir grandement réduit la propagation des virus saisonniers (les petits rhumes et les nez qui coulent semblent plus rares !).

Conseils aux parents :

Votre enfant a une surdité et vous pensez que certaines mesures mentionnées pourraient faciliter son intégration dans le contexte actuel ? Transmettez ce document à votre service de garde et n’hésitez pas à nous contacter pour être accompagnés !

Suivi de nos actions

1er juin 2020 : nous avons informé le Ministère de la Famille et leur Direction des normes de qualité et d’accessibilité des services, ainsi que d’autres entités gouvernementales de l’arrivée prochaine de masques de procédure inclusifs et de la nécessité de les fournir en nombre suffisants et dans les meilleurs délais à leurs intervenants (lettre conjointe avec Audition Québec, appuyée par une trentaine d’organismes)

mi-juin 2020 : nous avons échangé avec plusieurs éducatrices, intervenantes du milieu de la santé et des services sociaux et responsables d’organismes en intégration dans les milieux de garde autour des défis et des pistes de solutions à mettre en place.

2 juillet 2020 : nous avons demandé à la Direction générale de la santé publique et à la CNESST d’étudier, de clarifier et d’uniformiser les modalités d’utilisation du masque inclusif (artisanal et de procédure) ainsi que les autres directives en lien avec les interventions auprès des jeunes ayant des besoins particuliers. (lettre)

Enfin, nous tâcherons de diffuser et de bonifier régulièrement, au gré des nouveautés et des avancements, ce document de recommandations.

Vous êtes un membre du réseau de la petite enfance, vous travaillez avec des enfants ayant une surdité et vous avez mis en place des adaptations qui ont eu un impact positif? N’hésitez donc pas à nous contacter pour partager vos bonnes idées!

Autres ressources

ISEMG – Intégration sociale des enfants en milieu de garde (Formations en ligne et accompagnement) : isemg.quebec

J’me fais une place en garderie (accompagnement et services aux familles de l’île de Montréal dont l’enfant âgé entre 0-5 ans présente une déficience motrice associée ou non à une autre déficience.) : jmfpg.org

Table pour l’intégration en service de garde des enfants ayant une déficience Région de Montréal  : tisgm.ca

INSPQ : Atténuation des impacts de la pandémie COVID-19 sur le développement des enfants âgés de 0 à 5 ans : adaptation des pratiques de santé publique auprès des familles et dans les milieux de vie

Mettons en commun nos efforts et nos actions pour assurer l’intégration sociale de tous les enfants, dans des conditions permettant de préserver leur développement ainsi que la santé et l’intégrité de toutes et tous!

Pour toute information supplémentaire ou toute autre demande, contactez :

Claire Moussel, directrice générale de l’AQEPA Provinciale