La réadaptation

Démystifier le plan d’intervention

Extrait du numéro 213 de la revue Entendre : La réadaptation après le diagnostic de surdité

Par Josée Rioux, audiologiste Institut Raymond-Dewar, programme 0-12 ans

Lorsqu’un diagnostic de surdité est posé chez un enfant, plusieurs démarches sont entreprises en même temps : appareillage, référence en centre de réadaptation (CR) et à l’AQEPA.

Au CR, l’équipe multidisciplinaire élabore un plan d’intervention (PI) qui consiste à

  • identifier les besoins,
  • les objectifs poursuivis,
  • les moyens à utiliser
  • et la durée prévisible des services devant être fournis.

Le PI coordonne les services dispensés à l’usager par les divers intervenants concernés de l’établissement.

Mais concrètement, comment cela se réalise-t-il?

Lors de la première rencontre avec les intervenants, plusieurs questions sont posées afin d’élaborer le profil actuel de l’enfant.

Nous devons recueillir de l’information sur la situation familiale, l’état de santé, les facteurs de risque et les aptitudes de l’enfant.

Tous ces renseignements sont nécessaires afin de bien connaître les besoins en termes de réadaptation.

À l’IRD, de façon générale, cette première rencontre d’information est faite avec un audiologiste, un orthophoniste et un intervenant psychosocial (travailleur social, psychologue ou éducateur spécialisé). Il est essentiel de bien cerner les besoins de réadaptation afin d’offrir les services et le soutien appropriés.

Les inquiétudes des parents

Par exemple, un enfant de deux ans peut avoir des difficultés de comportement, de langage, des difficultés à s’alimenter ou avec le sommeil. Certains parents peuvent avoir du mal à gérer ces difficultés alors que d’autres tentent de régler la situation eux-mêmes. Pour une même problématique, un besoin peut être exprimé ou pas.

Par la suite, les parents doivent mentionner leurs préoccupations, c’est-à-dire, leurs attentes par rapport à leur enfant pour les prochains mois. Les préoccupations peuvent toucher à plusieurs sphères de la vie de celui-ci. Par contre, comme le diagnostic de surdité vient d’être posé, les principales préoccupations concernent souvent l’appareillage et le développement du langage de l’enfant.

Les inquiétudes des parents sont rarement en lien avec le degré de surdité de l’enfant. En effet, une surdité légère peut engendrer autant de questionnement qu’une surdité profonde.

Les intervenants de réadaptation sont présents pour écouter les préoccupations. Si les attentes semblent irréalisables à court terme, les intervenants tenteront de recentrer les parents pour que celles-ci soient plus réalistes.

Après avoir entendu les inquiétudes et les préoccupations, les intervenants tenteront d’élaborer des objectifs qui ont un sens pour la famille et qui sont en lien avec les préoccupations mentionnées. Par exemple, si le port des aides auditives est difficile pour l’enfant et que les parents souhaitent que celui-ci les porte en tout temps, un objectif sera formulé en ce sens. Par contre, si ce besoin n’est pas exprimé par la famille, aucun objectif ne sera formulé.

De façon générale, le plan d’intervention est refait, idéalement, à tous les six mois.

Les objectifs du plan d’intervention

Les objectifs relevés doivent donc être mesurables à l’intérieur de cette période. Au terme de cette période, une révision de PI doit être faite.

En outre, afin d’atteindre les objectifs visés, différents moyens peuvent être pris. Ces moyens doivent également être indiqués au plan d’intervention et ceux-ci sont appliqués avec l’accord des parents. Par exemple, concernant le port constant des appareils auditifs, une multitude de moyens peuvent être mis en œuvre : le port d’un bonnet, des visites de sensibilisation dans le milieu de garde, des interventions avec un éducateur spécialisé, etc.

Il est important de mentionner que la famille est au centre du plan d’intervention.

Les interventions effectuées mettent l’accent sur les besoins qui sont significatifs pour la famille. Les intervenants utilisent leurs connaissances et leurs compétences pour conseiller la famille et leur fournir des alternatives et des conseils en lien avec les préoccupations soulevées.

Finalement, lors de la révision du PI, les résultats se doivent alors d’être en lien avec l‘objectif. En fait, il s’agit d’une mesure de la progression de l’enfant et de sa famille. Si l’objectif n’est pas atteint, il peut être reconduit pour une autre période de six mois. Par exemple, si l’enfant porte ses appareils auditifs en tout temps après avoir mis les différents moyens en place, l’objectif de départ sera alors atteint. Par contre, si le port n’est pas encore régulier, l’objectif sera à poursuivre et d’autres moyens visant à l’atteindre pourront être essayés.

En conclusion

l’élaboration d’un plan d’intervention permet à la famille d’un enfant présentant une déficience auditive de choisir et d’organiser les services nécessaires en fonction des préoccupations mentionnées. Les besoins sont précisés en fonction de la situation personnelle des personnes concernées.

Le plan d’intervention se construit et s’organise en équipe, ce qui est l’élément clé du travail en centre de réadaptation.

Le PI est un contrat qui engage la famille et tous les intervenants qui y sont associés. La famille de l’enfant est au cœur du plan d’intervention.