Les modes de communication

Les modes de communication : plusieurs options possibles

Extrait du numéro 211 de la revue Entendre : les modes de communication

Lyne Lafontaine
Personne-ressource, Services régionaux de soutien et d’expertise en déficience auditive, région de Montréal

Lorsque les parents apprennent que leur enfant présente une surdité, ils ressentent toute une gamme d’émotions. Parmi celles-ci, la crainte de ne pouvoir bien communiquer avec lui. Accompagnés de professionnels œuvrant en surdité, ils réfléchissent au mode de communication qui conviendra le mieux à leur enfant tout en songeant peu à peu à sa scolarisation.

Il y a plus de vingt ans, on choisissait le mode de communication en fonction du degré de surdité: l’oralisme était recommandé pour les enfants présentant une surdité moins sévère et la communication gestuelle pour ceux dont la surdité était sévère à profonde. Depuis l’avènement de l’implant cochléaire, on ne peut plus raisonner ainsi. En effet, on connaît maintenant plusieurs enfants présentant une perte auditive sévère à profonde et porteurs d’un implant cochléaire qui développent la langue orale et réussissent à être intégrés dans leur école de quartier. On connaît aussi des enfants porteurs d’implants qui communiquent en LSQ et sont scolarisés dans cette langue. Enfin, des enfants présentant d’autres problématiques en plus de la surdité nécessitent d’autres moyens de communication (communication tactile, pictogrammes, etc.).

Le choix du mode de communication

Au Québec, l’accès aux différents modes de communication est généralement possible dans l’ensemble des centres de réadaptation, mais en milieu scolaire, les offres de service peuvent différer. Ainsi, sur le plan gestuel, la scolarisation est possible en LSQ dans la région métropolitaine dans le cadre d’une approche bilingue combinant la LSQ au français écrit, mais ailleurs, on offre généralement un service d’interprète en LSQ ou en français signé. L’accès au langage parlé complété (1) est de plus en plus possible dans les régions du Québec à condition d’avoir des interprètes et des intervenants compétents en la matière. Les jeunes oralistes qui ont besoin d’interprétation n’ont pas toujours accès à ce service.

Pour plusieurs enfants, le choix du mode de communication sera clair et ne sera pas remis en question. Pour d’autres, la décision sera moins évidente. Parfois, c’est le jeune qui décide de changer de mode pour diverses raisons. À titre d’exemple, voici quatre cheminements issus de cas réels qui illustrent de tels changements.

Cas 1. Un élève est scolarisé au préscolaire et au primaire en oralisme. Il a déjà appris quelques signes en LSQ, mais ne communique pratiquement pas dans cette langue. Au secondaire, il découvre la communauté et la culture sourde lors d’une activité sociale. Il développe un sentiment d’appartenance envers ce groupe, décide d’apprendre la LSQ et poursuit sa scolarisation avec d’autres élèves sourds. Il apprécie d’avoir accès à l’information de cette manière. Il continue à communiquer en français avec des entendants et n’a pas de difficulté en français écrit dans toutes les disciplines.

Cas 2. Une élève commence sa scolarité en milieu gestuel au primaire. Elle change d’école pour apprendre le LPC et décide de poursuivre au secondaire régulier avec une interprète orale LPC afin d’accéder à l’information directement en français. Elle continue de fréquenter des amis sourds tout en fréquentant des amis entendants.

Cas 3. Un élève développe à la fois une langue orale et la LSQ. Vers trois ans, il reçoit un implant cochléaire. Par la suite, son langage oral se développe mieux qu’avant, il s’oriente en oralisme pour sa scolarisation tout en poursuivant son apprentissage de la LSQ. Il peut donc fréquenter autant les entendants que les Sourds.

Cas 4. Un élève est éduqué par ses parents en LPC, puis est scolarisé avec un interprète LPC au primaire et au secondaire. À l’âge adulte, il travaille comme informaticien et réalise qu’il aimerait s’intégrer davantage à la communauté sourde. Il décide de suivre des cours de LSQ et est heureux de fréquenter cette communauté.
Parents et intervenants doivent donc faire preuve de flexibilité et tenir compte des besoins et capacités des enfants, adolescents et jeunes adultes sur les plans de la socialisation, de la scolarisation et de l’intégration au marché du travail.

Quelques suggestions

  • Informez-vous sur les différents modes de communication : oralisme, oralisme avec LPC, approche bilingue (LSQ-français écrit), français signé et renseignez-vous sur les résultats de ces approches.
  • Réfléchissez au temps et à l’énergie que vous êtes prêts à investir.
  • Le plus important, c’est que le plus tôt possible votre enfant développe une langue de référence riche qui lui permettra d’associer des mots et des phrases à ses expériences et de communiquer efficacement.

L’accès à plus d’une langue est possible pour une bonne partie des enfants. Elle est même souhaitable puisque deux des compétences clés pour l’emploi identifiées par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (2) et par un bon nombre des 2244 employeurs consultés par le Ministère de l’Éducation du Québec (3) sont la maîtrise de la langue maternelle et la maîtrise d’une langue seconde. Ainsi, un enfant communiquant en français peut apprendre l’anglais; s’il communique en LPC, il peut ensuite découvrir le Cued English. Un enfant qui communique en LSQ peut plus tard apprendre l’American Sign Language (ASL). Un enfant communiquant en LSQ peut également apprendre le LPC. Théoriquement, tout est possible.

(1) Le LPC est un système de codes accompagnant la lecture labiale dans le but de faciliter la perception
visuelle de la langue française.
(2) CHAMBRE DE COMMERCE DU MONTRÉAL MÉTROPOLITAIN (2003) Jeu de clés pour l’emploi
(3) MINISTÈRE DE L’ÉDUCATION (1998). Indicateurs de l’éducation, pp. 102-103