Spécialistes et intervenants

L’intervention précoce en orthophonie ne vieillit pas!

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Extrait du numéro 208 de la revue Entendre : Les métiers de la surdité

France Henry
Anne-Marie Bergeron
MOA, orthophonistes à l’Institut Raymond-Dewar

Dans notre intervention auprès de l’enfant sourd, qu’a en commun l’orthophonie des années 1980 et celle de 2010? Toujours le même objectif! Soutenir le développement de la communication et du langage de cet enfant, outils essentiels pour interagir et acquérir des connaissances. Par ailleurs, la pratique en orthophonie a évolué au cours des années. Elle est aujourd’hui teintée par des philosophies d’intervention diversifiées, des technologies de pointe et des besoins différents, tant pour l’enfant que pour sa famille.

Les moyens d’intervention

Notre clientèle a en effet beaucoup changé au fil des années. Les progrès de la génétique permettent d’identifier très tôt des syndromes auxquels la surdité est associée. Les grands prématurés des années 80 ont fait place à de très grands prématurés nés aussi tôt qu’à 24 semaines. Ils arrivent en réadaptation si petits dans les bras de leurs parents, mais avec une histoire périnatale chargée. Les nouveaux parents, éprouvés, doivent alors concilier vie familiale, vie professionnelle, réadaptation et soins médicaux. Quel que soit son état de santé, bébé a des besoins communicatifs. L’orthophoniste est là pour faire voir à ses parents ses forces, l’outiller face à ses difficultés et aider la famille à établir une communication fonctionnelle.

Et si la famille parlait difficilement le français?
La clientèle allophone est maintenant très présente dans nos services de réadaptation. En plus d’avoir à vivre différemment l’arrivée d’un enfant sourd selon la culture, les nouveaux arrivants se mesurent à la problématique de la langue. L’acquisition de la langue française est un défi en soi pour le parent. Alors comment interagir le plus efficacement possible pour permettre à leur enfant sourd de développer son langage? Privilégier leur langue maternelle, langue du cœur, ou opter pour le français, langue d’usage au Québec? Si en plus, le degré de surdité justifie l’usage des signes, ils doivent envisager l’apprentissage de la LSQ dans un contexte de bilinguisme et même de trilinguisme. L’orthophoniste doit se pencher sur cette problématique afin de répondre le mieux possible aux besoins de l’enfant ET aux besoins de sa famille.

Différents niveaux de surdité

Les enfants présentant une surdité sévère ou profonde sont référés précocement en réadaptation. Toutefois, certains reçoivent un diagnostic à des âges aussi tardifs que 3-4 ans alors que leurs parents soupçonnent depuis longtemps une surdité. Les répercussions sont d’autant plus importantes qu’avec un tel degré de surdité, l’acquisition du langage oral est très limitée.

L’intervention doit être plus précoce encore pour contrer cette privation linguistique. Les options de réadaptation sont alors variées : l’ajout de la langue parlée complétée (LPC), l’apprentissage de la LSQ dans une approche bilingue, l’appareillage auditif conventionnel ou l’implantation cochléaire… Avec le cheminement à travers toutes ces options, le parent est confronté à des dilemmes : doit-on poursuivre avec la LSQ? Doit-on mettre l’accent sur l’oral? Autant de questions, autant de décisions personnelles à prendre…

Quant aux enfants avec des surdités moins importantes, les années 1980 à 2000 ne leur ont souvent pas permis de recevoir les services requis, au moment opportun. Que penser d’un enfant de 3 ans qui n’arrive pas à se faire comprendre par son entourage? Sans ajouter la crainte des parents, s’interrogeant sur la cause possible, en passant de l’autisme au trouble de langage?

L’estime de soi de ces jeunes est beaucoup trop atteinte alors qu’un dépistage précoce de la surdité leur permettrait de développer leur langage selon les normes attendues, avec un coup de pouce de la réadaptation. L’orthophoniste s’assure alors que l’enfant acquière les différents phonèmes et maîtrise les différentes structures linguistiques afin de ne pas avoir à vivre d’échec dans sa communication quotidienne.

Le diagnostic

Si le diagnostic de surdité reste toujours difficile à recevoir pour les parents, l’arrivée de nouveaux diagnostics tels les neuropathies auditives, moins connues quant à leur nature et à leur impact, créent beaucoup d’insécurité. L’orthophoniste doit alors suivre étroitement le développement du langage de l’enfant, guider les parents dans leur stimulation et les rassurer.

Et que nous réservent les années 2020?
Avec l’avènement du dépistage néonatal systématique : des services d’intervention précoce pour tous les enfants sourds, du temps pour intervenir, du temps précieux pour les petits avant d’entrer dans le système scolaire, du temps pour les parents afin de s’adapter et de répondre aux besoins de leur enfant… Et autant de défis pour l’orthophoniste qui œuvre en surdité!