Documentation et témoignages

La surdité, pas un obstacle, mais une raison de se dépasser

Extrait du numéro 172 de la revue Entendre : Au jeu ! Prêts ! Partez ! (Sport, sécurité, plaisir)

Marc Lavertu
AQEPA Estrie

Sa passion: le hockey

Steve Scalabrini, 15 ans, joue au hockey depuis près de 7 ans. Reculons ensemble dans le temps. Comme plusieurs garçons de son âge, c’est à la télévision qu’il voit les grands noms de ce sport exercer avec brio leur discipline. Il développe donc cette envie de jouer au hockey. Plus qu’une envie, une PASSION. Steve, très tenace, en parlait souvent à ses parents. C’est ce désir de jouer au hockey qui fera tomber toutes les barrières que peuvent créer le fait qu’il vive avec une surdité profonde.

Steve utilise la langue des signes québécoise (LSQ) comme moyen de communication. Selon lui, sa condition n’est pas un obstacle pour jouer au hockey. Il croit que de vivre avec une surdité ne devrait pas empêcher personne de pratiquer un sport. Les parents de Steve, Nancy Heatherington et Daniel Scalabrini, ne se sont jamais opposés à ce choix. Ils n’ont pas peur pour Steve, même en sachant bien que le hockey est un sport rapide et robuste, et ça depuis le tout début.

(Petite parenthèse pour celui qui joue le rôle de journaliste. Je vous mentionne tout de suite que Steve joue aussi au base-ball. C’est en observant la discussion qu’il avait avec ses parents pour déterminer à quel âge il a commencé à jouer au hockey que j’ai vu un signe, en LSQ, plus relié au base-ball qu’au hockey que j’ai saisi cela. L’interprète me le confirmera par la suite. J’étais déjà personnellement impressionné qu’il joue au hockey dans une ligue régulière et je dois ajouter le base-ball.)

Revenons à notre hockeyeur. Cette année, Steve joue, dans la catégorie midget. Il évolue à la position de centre et parfois comme ailier. Sur la glace, il ne prend pas de chance, il retire ses aides auditives pour jouer. Il se fie uniquement sur son sens de l’observation pour comprendre que le moment est venu de jouer ou quand le coup de sifflet s’est fait entendre marquant l’arrêt du jeu. Il souligne qu’il y a beaucoup de choses à observer une fois que l’arbitre laisse tomber la rondelle. Pour lui la question de choisir un sport d’équipe ou un sport individuel ne s’est pas posée parce qu’il voulait jouer au hockey, un point, c’est tout.

Une bonne intégration dans l’équipe

Toutefois, vivre en Estrie ne lui permettait que de jouer avec des coéquipiers et entraîneurs entendants. Steve affirme que tout se déroule très bien. Pas de traitement de faveur, tous les joueurs sont assis sur le même banc. En compétition à l’extérieur de la région, on n’y voit que du feu. Steve est tellement à l’aise sur la patinoire et sur le banc que les joueurs adverses ne se rendent pas compte qu’il est sourd. Comme dans toute nouvelle chose qu’il entreprend, il se présente une première fois avec un interprète pour s’assurer de bien comprendre les règles. Après, on se débrouille avec le bon vieux papier et crayon si Steve n’est pas certain d’avoir bien compris un message en lisant sur les lèvres. (Steve lit un peu sur les lèvres).

Steve a le sentiment d’être plus autonome en jouant au hockey. Il explique cela simplement parce qu’il y a des responsabilités à pratiquer un sport. Matchs, pratiques et tournois demandent d’être à ses affaires. La seule ombre au tableau, les remises de prix. Steve est toujours le dernier dans l’aréna à savoir qu’il se mérite un prix ou une médaille. Ses coéquipiers, avec une tape sur l’épaule et les félicitations qu’il mérite, lui montrent du doigt qu’il est attendu au centre de la patinoire. C’est souvent à ce moment que tous apprennent que Steve vit avec une surdité.

Des parents tout simplement fiers

Ses parents dans tout ça sont comme les autres parents. Ils participent tout aussi activement que Steve pour que ce dernier puisse profiter au maximum de cette expérience. (Je le sais simplement parce qu’ils se sont excusés, sans devoir le faire, de manquer une activité de l’AQEPA Estrie pour accompagner Steve en compétition.)

Steve marque un point, le point de la victoire, en affirmant que vivre avec une surdité ne devrait pas empêcher une personne de pratiquer un sport. Steve a, je le crois sincèrement, tout simplement raison, je pense, entre autres, à Shanda Kenny-Roy qui fait du karaté depuis 7 ans…