Documentation et témoignages

Prendre des risques

Extrait du numéro 189 de la revue Entendre : Entre autres, la résilience

Sylvie Lalonde

Une épreuve

Notre fils Joachime est devenu sourd profond suite à une méningite bactérienne à pneumocoque lorsqu’il n’avait que 9 mois.

Quelle épreuve pour notre famille : le traumatisme d’avoir presque perdu notre enfant, la joie qu’il ait survécu, la tristesse à l’annonce de sa surdité, le soulagement que la surdité soit la seule complication permanente de sa maladie, le stress de la décision d’aller de l’avant avec l’implant cochléaire, l’inquiétude à l’égard de la chirurgie, le découragement relativement aux innombrables heures de thérapie auditivo-verbale, la fierté des progrès de notre enfant malgré toutes les embûches.

Il me semble que nous vivions dans les montagnes russes de la vie, où les hauts étaient vertigineux et les bas nous donnaient l’impression d’y laisser nos tripes.

L’inquiétude des parents

Nous voilà donc à l’aube des 8 ans de Joachime et la vie semble s’être placée dans la routine et le calme. Notre quotidien ne gravite plus autour de la surdité, celle-ci est plutôt devenue un élément de notre vie. Tout est finalement dans l’ordre… ou, du moins, c’est ce que l’on croit… On s’aperçoit vite que notre petit bonhomme ne semble plus aussi bien dans sa peau ces derniers temps. Il tente de cacher son appareil le plus possible et refuse de répondre à toute question concernant sa surdité. Non seulement ne veut-il plus discuter de sa surdité, il ne veut tout simplement plus être sourd. Il veut être comme les autres enfants de son âge.

Et voilà que les montagnes russes recommencent : Souffre-t-il d’un manque d’estime de soi ? Est-ce de notre faute ? Qu’avons-nous fait ? Que n’avons-nous pas fait ? A-t-il des amis ? S’intègre-t-il bien à l’école ? Quelqu’un lui a-t-il fait un commentaire blessant ? Devrait-on rencontrer le prof, en discuter avec la direction, consulter un psy ? (Comme vous pouvez voir, maman a une petite tendance vers la sur-analyse et le doigt rapide sur le bouton « panique»).

Des solutions possibles

J’ai appris avec le temps que les solutions à nos problèmes se trouvent rarement où on s’y attend. C’est durant cette période qu’un parent d’un autre enfant vivant avec une surdité de la région communique avec nous afin de savoir si nous étions intéressés à nous joindre à elle et sa fille pour la fin de semaine familiale de l’AQEPA à Sherbrooke. Pourquoi pas ? Nous étions un peu curieux au sujet de l’AQEPA et peut-être serait-ce bon pour Joachime.

L’AQEPA, un soutien pour les parents

Effectivement, je peux vous dire que l’attitude de notre fils a changé au moment même où nous sommes arrivés au stationnement de l’emplacement. Tout à coup, il n’était plus seul à vivre avec une surdité et il se trouva très rapidement un sentiment d’appartenance. Chose intéressante, son petit frère Guillaume s’est aussi trouvé une petite niche d’appartenance parmi d’autres frères et soeurs qui semblaient vivre les mêmes joies et défis que lui.

Et que dire de Marc-André et moi, les parents qui étaient venus un peu du reculons, pour le bien de notre enfant, s’était-on dit. Quelle opportunité que de rencontrer d’autres parents et intervenants, d’échanger sur tout et sur rien, de se reconnaître dans les propos des autres personnes ou lors des séances d’information. Nous sommes revenus de cette fin de semaine armés de nouvelles connaissances, d’une nouvelle attitude et, je dirais même, d’un second souffle.

Lanotion de résilience

On m’a demandé d’écrire au sujet de la résilience. On peut définir la résilience comme la capacité de sortir de sa zone de confort et d’affronter avec succès les risques, le stress et les difficultés de la vie. Cette fin de semaine-là, nous avons pris le risque de nous retrouver au beau milieu d’un groupe d’étrangers à des centaines de kilomètres de notre chez-nous pour échanger sur un sujet fragile. Nous y avons trouvé de l’information pertinente, des conseils judicieux, du réconfort et des amis précieux que nous gardons à ce jour.

Dans les montagnes russes de la vie, si on garde une ouverture d’esprit face au changement et si on est prêt à prendre des risques, on n’a qu’à s’accrocher et profiter pleinement de chaque moment. On est certain de se retrouver en bout de ligne un peu étourdi, pas mal échevelé, mais emballé et prêt à recommencer. C’est l’image que je me fais de la résilience.