La surdité, c'est quoi?

Des personnes qui ont fait l’histoire… de la surdité

Extrait du numéro 159 de la revue Entendre: Des passionnés

Jean-Guy Beaulieu

Gilles Boucher

Homme d’honneur et pince-sans-rire, Jean-Guy Beaulieu était aimé de ses collaborateurs et amis. Son départ, le 20 août 2001, laissera un grand vide… D’abord enseignant, M. Beaulieu est ensuite devenu sourd, ce qui ne l’a toutefois pas empêché d’enseigner à la clientèle sourde de la polyvalente Lucien-Pagé d’une main ferme, mais juste. Puis, ayant pris sa retraite de l’enseignement, il a entrepris de défendre ses confrères et consoeurs sourds et malentendants en devenant, en 1986, directeur général du Centre québécois de la déficience auditive (CQDA), poste qu’il occupera jusqu’en 1995.

Au cours de son passage au CQDA, il a principalement travaillé à la sensibilisation de la population à la surdité, ce qui a mené à la production de la vidéo Accès 2000 et à des formations-terrains. Outre la sensibilisation, il a investibeaucoup d’énergie au développement du CQDA ainsi qu’à l’ouverture de services devenus maintenant des acquis tels que le Service relais Bell et le sous-titrage à la télévision. Son travail, il l’a effectué avec peu de ressources financières à un moment où tout était à faire en matière de services aux personnes vivant avec une surdité.

Homme de coeur, il s’est impliqué dans plusieurs comités et associations de personnes sourdes ou malentendantes à titre de directeur général du CQDA ou de bénévole. […]

Raymond Dewar

Élie Presseault

Raymond en toute franchise, fit de la surdité une réalité incontournable chez les entendants comme chez ses semblables, après avoir été frappé lui-même, du jour au lendemain, d’une surdité soudaine. Sa hargne, son style autoritaire et sa détermination en firent un éducateur et acteur social de premier plan.

Il mourra prématurément (le 27 octobre 1983), à l’âge de 30 ans, la veille de la première de la pièce de théâtre adaptée en signes « Les enfants du silence » où il transposait son rôle de personne sourde polémiste. Une de ses déclarations témoigne de son activisme : « Désormais, nous avons cessé de nous laisser modeler. Nous sommes sourds et nous avons pris conscience de notre différence. Nous sommes nous-mêmes. Oui, nous avons cessé de faire semblant d’entendre. »

Julie-Élaine Roy

Élie Presseault

Évoluer dans des milieux étrangers a toujours fait partie du quotidien de Julie-Élaine Roy qui avait un père militaire, de plus, comme plusieurs personnes sourdes, elle a souvent dû se retrouver loin de sa famille pour étudier que ce soit à l’Institution des sourdes-muettes de Montréal ou au Gallaudet College (aujourd’hui Gallaudet University). Avec Paul Bourcier et Raymond Dewar, elle constitua le « triangle des Bermudes » de la surdité, véritable triumvirat qui initia plusieurs projets et démontra une conviction inébranlable en la surdité.

Aujourd’hui, elle persiste et signe avec des efforts de sensibilisation à partir de son sens de l’engagement qu’elle semble avoir hérité de son père, à plusieurs tables de concertation et en coulisses.

Gaston Forgues

Lise Brindamour

Monsieur Gaston Forgues est un père d’enfant sourd gestuel. Sensibilisé très tôt à la surdité, il a été famille d’accueil pour plusieurs jeunes sourds de l’Est du Québec. M. Forgues a été le fondateur de la Fondation des Sourds du Québec et par sa détermination il a été l’instigateur de plusieurs entreprises dont l’Atelier des Sourds, créant ainsi de l’emploi pour les personnes sourdes.

Monsieur Forgues, depuis plusieurs années travaille activement pour la promotion de l’éducation en langue des signes québécoise (LSQ) et pour la mise en place de classes LSQ au Québec.

Andrée Boisclair

Dominique Breton

Après des études en psychologie, en psychologie du développement et du langage chez l’enfant et en psycholinguistique développementale, Andrée Boisclair est actuellement professeure titulaire à l’Université Laval au département d’études sur l’enseignement et l’apprentissage à la faculté des Sciences de l’éducation.

En 1988, Andrée Boisclair fonde le Groupe d’intervention auprès de l’enfant sourd (GRIES). Les recherches qui y sont menées concernent les interventions pédagogiques auprès des enfants sourds profonds et portent, entre autres, sur les développements cognitifs et langagiers nécessaires pour l’entrée dans l’écrit et sur l’apprentissage de la lecture et de l’écriture chez l’enfant sourd. Ses efforts ont abouti en juin 2002 à la fondation de l’École oraliste de Québec qui préconise une approche auditivo-orale pour soutenir le développement du langage chez l’enfant sourd.

Andrée Boisclair est une femme de tête, déterminée, compétente, qui a à cœur le développement des enfants sourds et leur intégration sociale et scolaire.

L’abbé Paul Leboeuf

Claudia Larouche

Issu d’une famille de cinq enfants, Paul Leboeuf a trois frères sourds. En 1961, le Cardinal Léger lui demande d’être aumônier pour les Sourds. Depuis ce temps, il n’a jamais cessé d’investir temps et énergie pour eux.

À l’ancien Institut des sourds-muets de Montréal, l’abbé a créé un service de pastorale en 1976. Aujourd’hui, il visiteles personnes âgées sourdes, donne de la nourriture pour les pauvres et rencontre individuellement les personnes désirant se confier. C’est grâce à lui si l’interprétation, un service indispensable, a pu prendre son envol.

Léon Bossé

Élie Presseault

En tant que devenu sourd (depuis novembre 1959), Léon Bossé évolue au sein du bénévolat de la surdité depuis son entrée à l’Association des devenus sourds du Québec (rebaptisée Association des devenus sourds et malentendants du Québec) en mai 1983.

Parmi les multiples engagements du fonceur et argumentateur politique notoire, nous pouvons noter sa présence au sein du mouvement associatif, en plus de son travail dans des dossiers relatifs à l’accessibilité aux aides auditives et à l’interprétation.

Sa contribution fut soulignée par le prix Hommage bénévolat-Québec 1998, région Laval. Une citation de sa part nous révèle l’une de ses sources de motivation : « Nos petites ou grandes réussites, dans la maîtrise des moyens de communication adaptés à notre situation personnelle, sont devenues plus lumineuses parce que nous les avons vécuesensemble. »

Céline Bergevin

Renée Tremblay

Céline, une femme extraordinaire, a toujours su être à l’écoute des jeunes vivant avec une surdité, en particulier de son fils. Elle a beaucoup travaillé la communication avec lui et veillait à ce qu’il soit écouté et compris par les autres. Après avoir découvert l’interprétation orale, elle a effectué plusieurs démarches avec Jocelyne Charest pour faire connaître et reconnaître cet outil si nécessaire à plusieurs.

Toutes deux se sont battues pour que nos jeunes aient des services d’interprétation à l’école et que les interprètes soient reconnus dans leur travail. Après plusieurs obstacles, le statut d’interprète est enfin accepté par le ministère de l’Éducation. Aujourd’hui, Céline est interprète pour les jeunes vivant avec une surdité à l’école secondaire à Laval depuis déjà près de vingt ans… Que de jeunes, elle a su stimuler.

Que de parents, elle a su encourager. Merci Céline !