Sous-titrage

Le sous-titrage des émissions pour enfants sourds d’âge préscolaire une nécessité

Extrait du numéro 157 de la revue Entendre : Discours en double ou double discours

Nathalie Bélanger
Colette Dubuisson
Groupe de recherche sur la LSQ et le bilinguisme sourd de l’UQÀM

Les sous-titres et la conscience de l’écrit

Premièrement, une attitude positive vis-à-vis de la lecture pourra se développer avec le soutien des parents, si la lecture active de sous-titres lors du visionnement d’émissions télévisées est incluse dans les activités quotidiennes de lecture. Un enfant pourra ainsi faire des liens entre lire dans un livre et lire à la télévision.

Deuxièmement, de même que les enfants doivent développer le concept de « livre », il leur faudra développer le concept de « sous-titres » et faire l’apprentissage de certaines conventions liées au sous-titrage d’émissions. Ils doivent par exemple apprendre que le texte représente les paroles des personnages à l’écran, que les sous-titres sont positionnés différemment selon la personne qui parle, et que certaines séquences de lettres représentent des bruits (toc, toc pour une porte et dring pour le téléphone par exemple) (Dauphin et Tourigny, 1990) …

Troisièmement, pour ce qui est de la compréhension de l’histoire, elle sera sinon comprise par les sous-titres, du moins par les images. En fait, ce qui concerne la compréhension de l’histoire, les émissions télévisées offrent des avantages certains aux enfants sourds. Le support visuel de l’image pourra développer une certaine compréhension de l’histoire et favoriser la sensibilisation de l’enfant à la structure de textes. Celui-ci pourra ainsi commencer à émettre des hypothèses sur la suite de l’histoire et (…) développer ses compétences de niveau supérieur. L’image apporte donc un élément de compréhension important qui peut servir de base à la compréhension des sous-titres. En effet, lors d’écoutes répétées d’une histoire à la télévision, l’enfant sourd verra encore et encore les mêmes mots et images et pourra ainsi, avec le soutien des parents, commencer à faire un lien entre ces deux représentations de la réalité. Le concept de l’écrit, quant à lui, pourra être développé de la même façon qu’avec un livre. Les parents pourront se servir de sous-titres afin de sensibiliser l’enfant aux lettres, mots, etc. (…)

Importance de la participation des parents

(…) Lors de l’écoute d’émissions sous-titrées, les parents pourront, selon Rice (1984, citée dans Van Evra, 1990 « questionner leur jeune enfant (de 6 à 30 mois) et répondre à ses questions, associer des mots à certains concepts nouveaux et commenter l’action qui se produit; de cette façon, ils procureront à leur enfant une combinaison de dialogues télévisés, de leur propre dialogue et de commentaires sur les événements qui se produisent à l’écran. » Ils pourront aussi aider l’enfant à faire des liens entre ses propres expériences et ce qu’il a visionné ainsi qu’à aider l’enfant à faire la différence entre le réel et la fiction. Les enfants sourds d’âge préscolaire, qui ne savent pas encore lire, ont donc besoin de la présence des parents afin de les aider dans l’interprétation des images et dans la création d’associations mot-concept puisque (…) les apprentis lecteurs ne possèdent pas encore les connaissances nécessaires afin de passer de la compréhension de l’image à celle des mots. (…)

Conclusion

En conclusion, nous croyons avoir démontré l’importance du sous-titrage pour les enfants sourds d’âge préscolaire, que ceux-ci aient le français pour langue première ou la langue des signes :

  • parce qu’il permet de tirer profit de l’image pour accéder à la compréhension,
  • parce qu’il constitue un type de stimulation langagière pour une population qui a des besoins plus grands que la moyenne,
  • parce qu’il représente un type de prise de conscience de l’écrit qui va de pair avec le livre,
  • parce qu’il fournit des occasions de développer le vocabulaire,
  • parce que, bien exploité, il permet d’élargir la connaissance du monde,
  • parce qu’il permet de commencer à développer la grammaire de l’écrit,
  • parce qu’il constitue une source d’activités enrichissantes entre parents et enfants.

N.D.L.R. – Nous remercions le Regroupement québécois pour le sous-titrage qui nous a permis d’utiliser des extraits de ce rapport préparé à son intention en novembre 2000. Le document complet est disponible au Regroupement.