Spécialistes et intervenants

Relations avec les pairs et inclusion sociale des élèves porteurs d’implant cochléaire… Qu’en pensent les enseignants?

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Extrait du numéro 214 de la revue Entendre : La surdité en milieu scolaire

Par Stéphanie McNicoll, étudiante à la maîtrise en orthophonie à l’Université du Québec à Trois-Rivières, sous la supervision de Louise Duchesne, professeure et chercheure au département d’orthophonie à l’UQTR

Cet article présente les résultats préliminaires d’une étude qualitative sur la perception des enseignants de niveau primaire au sujet de l’inclusion sociale et des relations avec les pairs des élèves porteurs d’implant cochléaire (IC).

Quatre entrevues ont été effectuées : deux auprès d’enseignants d’écoles régulières et deux auprès d’enseignants d’écoles spécialisées en surdité. Nous les avons questionnés sur la communication, les habiletés sociales et les relations amicales de leur élève porteur d’IC. Notre but était de mieux comprendre comment ces jeunes font partie de la « gang » à l’école.

Nous nous sommes intéressées à la perception des enseignants parce qu’ils constituent une précieuse source d’information quant au fonctionnement psychosocial des jeunes porteurs d’IC à l’école (Punch & Hyde, 2011). Les enseignants jouent d’ailleurs un rôle important dans l’inclusion des jeunes sourds dans leur classe, peu importe le milieu.

Pourquoi s’intéresser au fonctionnement psychosocial de ces jeunes?

De bonnes relations avec les pairs sont essentielles à l’inclusion sociale et au développement global optimal d’un jeune. Ces facteurs sont importants, puisque des études ont démontré qu’ils ont un impact sur les apprentissages scolaires des jeunes sourds (Punch & Hyde, 2010).

On peut donc penser que de bonnes relations avec les autres élèves favorisent la participation en classe et influencent positivement les résultats scolaires.

Perception des enseignants

La perception qu’ont les enseignants des relations sociales et de l’inclusion de leur élève est teintée par le tempérament du jeune et non par sa surdité.

Une enseignante a fait l’analogie suivante pour décrire son élève par rapport aux autres dans la classe :

« […] les souris c’est ceux que tu oublies presque […]. T’as les gros éléphants qui prennent toute la place […]. T’as les moutons qui suivent les éléphants. [Pis mon élève porteur d’IC], c’était plus un oiseau […], un leader positif. » (Lucie – école régulière).

Cet élève était donc en mesure de prendre sa place dans la classe sans prendre celle des autres.

Que ce soit dans une école régulière ou dans une école spécialisée, l’inclusion sociale et les relations avec les pairs des élèves porteurs d’IC ont été rapportées comme bonnes.

D’ailleurs, voici ce qu’une enseignante nous a répondu par rapport à l’intégration sociale de son élève:

« Son implant ne causait pas de problème ni d’ambiguïté ni de cause d’exclusion […] » (Monique – École régulière).

Un avenir prometteur!

À la question « comment percevez-vous l’avenir de cet élève? », voici les réponses de deux participants:

« Je pense que c’est très prometteur. » (Jean – école spécialisée) 

« Je ne suis pas inquiète pour elle. » (Lucie – école régulière).

Les études post-secondaires

À la question « Comment réagiriez-vous si on vous apprenait dans quelques années que votre élève est rendu au cégep ou à l’université?»

Voici les réponses des deux autres participants :

« Je ne serais pas surprise. Absolument pas! » (Monique – école régulière) et « J’ai un gros doute, le langage est trop atteint […] [mais] il a plein d’éléments renforçants […].»

Il va aller chercher de l’aide pis il va le demander. » (Doris – École spécialisée).

En somme, les participants croient au potentiel de leurs élèves porteurs d’implants et sont persuadés qu’avec un soutien adéquat, ils ont l’avenir devant eux!

Conclusion sur mon expérience comme étudiante-chercheure

En faisant les quatre entrevues, j’ai rencontré des enseignants motivés et réellement intéressés, voire fascinés, par la surdité et par l’implant cochléaire.

J’ignore s’ils sont représentatifs de leur profession, mais ces quatre enseignants avaient vraiment à cœur la réussite de leurs élèves et des élèves sourds en général.

Note : tous les prénoms des enseignants sont fictifs, de façon à préserver leur anonymat.

Références

  • Punch, R. & Hyde, M. (2010). Children with cochlear implants in Australia: educational settings, supports, and outcomes. Journal of Deaf Studies and Deaf Education, 15(4), 405-421.
  • Punch, R., & Hyde, M. (2011). Social participation of children and adolescents with cochlear implants: A qualitative analysis of parent, teacher, and child interviews. Journal Of Deaf Studies And Deaf Education, 16(4), 474-493.