Vie scolaire

La différenciation pédagogique au service des élèves présentant une surdité

Extrait du numéro 213 de la revue Entendre : La réadaptation après le diagnostic de surdité

Par Lyne Lafontaine, orthophoniste et personne-ressource en déficience auditive, services régionaux de soutien et d’expertise en adaptation scolaire – Montréal

Lorsque l’enfant commence l’école, il découvre avec sa famille un nouveau milieu de vie. Le lien développé avec le centre de réadaptation lors de la petite enfance se poursuit désormais en collaboration avec les partenaires du milieu éducatif et diverses ententes de services sont conclues entre les commissions scolaires et le réseau de la santé, en fonction des organisations et des ressources disponibles.

Les parents se sont en général familiarisés avec le plan de services individualisé réalisé en centre de réadaptation. En milieu scolaire, on utilise le plan d’intervention. Cette démarche vise à déterminer les adaptations ou les stratégies à mettre en place pour aider l’élève à développer ses connaissances et ses compétences. Elle « permet d’établir les liens entre les capacités et besoins des élèves concernés et les attentes prévues au Programme de formation. » Différents domaines de développement sont ciblés : cognitif et apprentissage, langage et communication, affectif et social, moteur et sensoriel ainsi que santé et sécurité.

On comprend l’importance de la collaboration entre l’enseignant, les partenaires du milieu de l’éducation ou de la santé et les parents, pour faire un portrait juste des capacités et besoins de l’élève.

Prenons à titre d’exemple le domaine « langage et communication ». À Montréal, dans les classes spécialisées en surdité, l’observation de ces aspects se réalise conjointement par les enseignants en adaptation scolaire et les orthophonistes. D’autres intervenants peuvent également collaborer avec eux : les interprètes, les formateurs sourds (œuvrant dans les écoles où l’enseignement se fait en langue des signes québécoise) et les audiologistes, en particulier lorsque l’élève est suivi en entraînement auditif. Les parents peuvent évidemment contribuer à cette démarche. On procède ainsi pour l’ensemble des domaines en approfondissant particulièrement les domaines d’apprentissage du programme de formation lorsque l’élève est au primaire ou au secondaire.

Par la suite, une fois le plan d’intervention adopté par les personnes concernées, on intervient auprès de l’élève en fonction des objectifs et moyens retenus.

On priorise souvent les compétences langagières et communicatives, car les élèves ayant une surdité présentent fréquemment un retard sur ce plan.

Dans le milieu de l’éducation, on parle depuis plusieurs années de différenciation pédagogique, une « approche organisée, souple et proactive qui permet d’ajuster l’enseignement et l’apprentissage pour atteindre tous les élèves et surtout pour leur permettre comme apprenants de progresser au maximum. » On vise donc à amener chaque élève à son plus haut niveau de compétence. Par exemple, on pourrait raconter une histoire en classe et planifier quels types de questions on posera aux élèves. Pour certains, il s’agira de questions plus simples comme « Que fait… ? » et pour d’autres, de questions plus complexes comme « Pourquoi ? Comment sais-tu que… ? Cette approche, qui demande beaucoup d’accompagnement, est de plus en plus utilisée dans les classes ordinaires et d’adaptation scolaire. Elle peut se combiner à d’autres approches, philosophies et pratiques reconnues efficaces dans les domaines de la surdité, de l’adaptation scolaire ou de la réadaptation en milieu plus clinique.

Les enseignants, soutenus par les orthophonistes et autres professionnels, planifient leur enseignement en accordant beaucoup d’importance au français, utilisé dans l’ensemble des matières et à la LSQ, s’il y a lieu, afin de favoriser l’apprentissage de la compréhension et de la production orale ou signée ainsi que de la production écrite (lecture – écriture).

Par exemple, dans les écoles où l’enseignement se donne en LSQ, on utilise l’approche bilingue qui permet de poursuivre l’apprentissage de la LSQ tout en faisant des liens avec les apprentissages en français écrit. Dans les classes oralistes, on peut introduire ou poursuivre l’enseignement du langage parlé complété (LPC) dès le préscolaire. L’apprentissage des codes visuels combinés à la lecture labiale facilitent la perception des mots et des énoncés, ce qui aide ensuite l’élève lorsque vient le temps de lire ou d’écrire des mots.

Les enseignants peuvent aussi exploiter la littérature jeunesse en classe (avec réinvestissement possible à la maison) dès le préscolaire, ce qui favorise le développement des connaissances du monde et du langage, donne accès à des contenus riches et variés et facilite la transition vers le monde écrit. (Makdissi, Boisclair et Sirois (2010) ; Lefebvre (2012). Ou encore, ils utilisent divers supports visuels pour enseigner de nouveaux mots, comme des photos prises en classe ou trouvées sur un site web puis projetées sur un écran ou un tableau numérique interactif, et réinvestissent régulièrement les notions enseignées dans des contextes variés pour s’assurer de leur intégration. Enfin, à l’ère des technologies numériques, ils contribuent à l’évaluation des besoins des élèves quant à l’utilisation d’aides technologiques lors des apprentissages et des évaluations (ex. : l’usage d’un idéateur, d’un prédicteur de mots, d’un correcteur orthographique…).

C’est donc en se concertant, en développant un langage commun et en partageant notre expertise qu’on parviendra ensemble à bien accompagner l’élève qui présente une surdité et à lui faire vivre des réussites tout au long de sa scolarité.

Référence :

  • MELS (2004). Le plan d’intervention… au service de la réussite de l’élève- Cadre de référence pour l’établissement des plans d’intervention.
  • Service régional de la Mauricie et du Centre-du-Québec (2013). Modèle d’interventions universelles pour soutenir la réussite de tous les élèves, p.27.
  • Makdissi, H., Boisclair, A., Sirois, P. (2010). La littératie au préscolaire. Une fenêtre ouverte sur la scolarisation. PUQ. Lefebvre, P. (2012). La lecture partagée enrichie : Raconter des histoires pour mieux préparer les enfants à lire et à écrire. Formation donnée à Longueuil.