La réadaptation

Le développement de l’estime de soi chez l’enfant : comprendre pour mieux intervenir

Extrait du numéro 213 de la revue Entendre : La réadaptation après le diagnostic de surdité

Par Pauline Vabre, psychomotricienne

L’enfant est un être en développement qui a tout à apprendre. Nous sommes tous différents tant physiquement que mentalement. Une chose est sûre, nous naissons toutefois avec un corps relativement similaire, il sera donc notre premier moyen d’expression et de communication avec le monde.

Apprivoiser cet « objet » semble être le fondement de tout développement pour être capable, petit à petit, de se l’approprier et d’appréhender sa façon, si personnelle, d’être au monde.

Il est démontré aujourd’hui que la qualité des relations entre l’environnement et le petit enfant imprime ses effets sur l’activité et le développement des structures cérébrales de ce dernier. Ce lien peut donc influencer ses capacités intellectuelles, psychologiques et son comportement affectif. Qu’en est-il pour les enfants malentendants ?

Le développement de l’identité et de l’estime de soi

Le bébé, dès le départ dépend de ses parents pour sa survie. De prime abord, nous pensons ici aux besoins matériels telle que l’alimentation par exemple, mais il est nécessaire également de prendre en compte les besoins affectifs. En effet, il est nécessaire d’apporter un cadre sécurisant au petit d’homme pour lui assurer un développement harmonieux. Il est question ici d’étayage parental : la famille est le lieu idéal pour satisfaire les besoins évolutifs de l’enfant, d’où l’intérêt de ne pas se limiter aux besoins corporels.

C’est ainsi que, grâce à un système perceptif immature mais fonctionnel, le bébé et ses parents vont pouvoir entrer dans une relation et une fusion affective. Cet attachement va devenir une base sécurisante pour l’enfant afin qu’il puisse explorer l’environnement. C’est le début des expériences sensori-motrices, de la dé- couverte de soi, du monde et progressivement de soi dans le monde. Le bébé se constitue donc un capital de confiance en soi et d’autonomie qu’il va garder et développer au fur et à mesure de sa vie.

L’affectivité de l’enfant et la construction de sa personnalité se développent grâce aux interactions avec autrui.

Comme nous venons de le voir, les parents sont créateurs du « sentiment continu d’exister » de l’enfant. Par l’intermédiaire d’interactions comportementales, affectives et imaginaires entre eux, elles vont lui permettre de se découvrir, s’autonomiser et prendre confiance en lui pour aller vers les autres.

Ainsi, l’enfant, progressivement, apprend à connaitre son corps. La conscience corporelle, véritable présence au monde, se développe durant l’enfance et se modifie durant toute la vie au gré des expériences. C’est en comprenant et gérant ses émotions, en améliorant sa relation à soi et à autrui et en se développant de façon adaptée à ses capacités que l’enfant pourra bénéficier d’une bonne estime de lui-même. Et c’est en ce sens qu’il est primordial d’aider l’enfant à apprivoiser son corps.

Différents mécanismes sont en jeu dans l’adaptation émotionnelle de l’enfant avec une déficience auditive. Il est donc important de l’aider à surmonter cette différence dans son corps avec un soutien adapté mais un cadre ferme comme tout enfant. Voilà pourquoi, nous pouvons l’aider à développer une bonne estime de lui en mettant en avant ses comportements positifs, en recevant ses messages, en l’aidant à fixer des objectifs en rapport à ses capacités, par exemple. Toutefois, il est essentiel de rester honnête avec l’enfant, nous pouvons lui faire prendre conscience de ses actes négatifs évidemment, mais il faut souligner que c’est l’acte qui est négatif et non sa personnalité.

Quelques stratégies d’intervention

Au-delà de la voix, le corps est le premier médiateur de relation et c’est en ce sens que les communications non-verbales ont toutes leur place dans les relations. L’enfant avec une déficience auditive peut être appareillé mais la richesse du langage corporel n’est pas à négliger pour autant. Cela représente la manière d’être des potentialités personnelles de l’enfant, le discernement de ses attitudes dans ses expériences, ce qu’il comprend.

Par exemple, un enfant de 4 ans ne se sent pas isolé dans les jeux avec les autres enfants, ce qui prouve que les enfants savent développer des moyens riches et variés, intentionnels ou spontanés pour s’exprimer. Il faut entrer en dialogue tonico-émotionnel et s’ajuster avec eux.

C’est ainsi que les attitudes posturales, les mouvements et les gestes expriment les traces de son vécu émotionnel. Le tonus est le siège d’existence chez l’enfant avec une déficience auditive, ce qui peut expliquer des décharges motrices parfois plus longues, et une certaine hypertonie de fond. L’enfant décharge ses sensations corporellement. Mais il est important de comprendre le sens de cette agitation, de signifier ses actes et reconnaitre ses attitudes corporelles pour y répondre.

Nous pouvons aussi proposer de nombreuses et différentes stimulations sensorielles pour enrichir les situations où l’enfant peut se percevoir, dans l’immobilité comme dans l’action, et l’amener à nuancer son comportement. L’enfant veut se sentir pris au sérieux.

Pour cela, le jeu revêt un intérêt majeur d’interaction avec l’enfant, indispensable à son développement physique et psychique. Il peut s’agir de :

  • jeux d’expression motrice (jeux de faire semblant, jeux autour du cri ou encore de défoulement corporel…)
  • jeux de manipulation (encastrement, traces graphiques, jeux de mains/ doigts…)
  • jeux autour du rythme, de la musique (bouger sur des sons d’instruments, faire sentir les variations, associer une émission vocale à un mouvement pour créer une véritable danse ensemble, jeux de souffle ou encore de percussions…)
  • jeux autour de la détente (stimulation sensorielle, jeux autour de la respiration, balancements, enroulement, jeux autour de la régulation tonique…).

À travers le jeu, l’enfant va se construire un véritable vécu corporel global et positif, canaliser ses émotions et mieux les organiser pour les exprimer, favoriser l’autonomie, travailler l’expression de ses capacités de communication ou encore enrichir ses possibilités d’observation et d’expression.

L’important n’est donc pas le jeu en soi mais de montrer à l’enfant qu’il est capable, accompagné de l’intention relationnelle qui l’entoure.

Toutefois, il faut porter attention à rester à sa place de parents et non d’intervenants, apportant connaissance du quotidien et amour à son enfant.

Il faut stimuler son enfant mais garder en tête que l’enfant est aussi responsable de son développement.

Nous pouvons donc le laisser prendre le temps d’exprimer ses besoins sans les devancer, lui donner des repères au quotidien, mais sans se substituer à lui, pour le laisser grandir et s’individualiser sereinement. La relation affective ne doit donc pas devenir uniquement une relation d’apprentissage où l’enfant peut parfois être sur-stimulé.

En tant que parent, il peut être intéressant de partir de l’activité spontanée de l’enfant pour développer sa motivation et sa participation dans le plaisir, en lui laissant des temps de repos où l’enfant n’est plus sollicité, mais sujet à part entière avec ses capacités et ses difficultés. Il est important de lui laisser des moments de repos ou il choisit ce qu’il veut faire selon ses capacités.

En tant que parent, finalement, l’important est de s’écouter et se faire confiance pour garder un contact empathique, respectueux et authentique avec son enfant. C’est en lui permettant de trouver sa place familiale et sociale et en lui permettant aussi d’exprimer ses émotions et sentiments que l’enfant pourra alors acquérir assurance et confiance en lui-même.