Vivre avec la surdité

L’implant du tronc cérébral

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Extrait du numéro 217 de la revue Entendre : Trucs, astuces et nouveautés pour mieux communiquer

Claire Moussel, responsable administration et développement à l’AQEPA Provincial

Alors que l’implant cochléaire est une option de plus en plus choisie pour aider les personnes vivant avec une surdité, on entend parfois parler d’implant du tronc cérébral.

Mais de quoi s’agit-il exactement?

L’implant du tronc cérébral (aussi appelé ABI pour « auditory brainstem implant ») est constitué d’un microphone placé sur l’oreille. Ce microphone capte des sons, les transmet à un processeur externe qui les traduit en signaux électriques, transmis à leur tour à une électrode implantée dans le tronc cérébral. Ce n’est qu’en cas de surdité de perception rétrocochléaire bilatérale, c’est à dire liée au non-fonctionnement ou à l’absence de nerf auditif que ce type d’implant est possible.

En effet, l’innovation de l’implant du tronc cérébral se situe dans son électrode interne. Cette électrode qui « contourne » la cochlée et le nerf auditif et transmettre la stimulation sonore reçue directement au centre auditif du tronc cérébral.

Le patient peut ainsi entendre une grande variété de sons mais ne recouvre pas une audition complète : il s’agira plus d’une sensation auditive.

Dans les années 70, ce sont les Drs William F. House et William E. Hitselberger qui développent l’implant du tronc cérébral. Et c’est l’équipe du Dr Robert Shannon, de l’Université de Californie du Sud qui réalise le premier implant du tronc cérébral en 1979, à Los Angeles, au House Ear Institute.

Après les études de base, l’ABI a reçu l’approbation de la Food and Drugs Administration (FDA) aux États-Unis en octobre 2000 pour une utilisation sur les patients de 12 ans et plus avec une neurofibromatose de type II (NF2), une maladie génétique rare et évolutive, caractérisée par le développement de tumeurs bénignes (non cancéreuses) le long des nerfs auditifs des deux oreilles, causant ainsi une surdité.

Implantation hors NF2

À la fin des années 90 en Italie, le Dr Vittorio Colletti, considéré par ses pairs américains comme un « Cowboy », fut le seul à pratiquer la pose d’un ABI sur des patients sourds en bonne santé, donc ne souffrant pas de neurofibromatose. Il invita le professeur Robert Shannon à vérifier ses résultats. Celui-ci fut stupéfait : « Les résultats n’étaient pas aussi bons qu’il le disait… ils étaient encore meilleurs! ». L’appui de Robert Shannon, un des pionniers de l’ABI en Amérique, contribua à faire évoluer les avis sur cette chirurgie.

Au Canada et au Québec

La première implantation du tronc cérébral réalisée au Québec a été faite en 2005, à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus de Québec, par les docteurs Denis Pouliot, ORL, et Claude Picard, neurochirurgien. C’est le seul hôpital de la province où se réalise cette neurochirurgie, également pratiquée à Toronto.

L’ABI chez les enfants

Alors que l’équipe du Dr Vittorio Colletti pratique l’implant du tronc cérébral chez les enfants depuis le début des années 2000 en Italie, la FDA a autorisé l’ABI pour les enfants de moins de 12 ans dans le cadre d’un essai clinique seulement en janvier 2013. Cet essai collaboratif entre l’Université de Californie du Sud (USC), le Children’s Hospital Los Angeles (CHLA), House Clinic et l’Institut de Recherche Médicale d’Huntington (HMRI), d’une durée de 3 ans, concerne dix enfants de 2 à 6 ans.

Auguste Majkowski, jeune enfant de l’AQEPA, fut le premier à être accepté dans ce programme de recherche évalué à plus de 100 000$. Le neurochirurgien Marc Schwartz et le neurochirurgien pédiatrique Mark Krieger l’ont opéré au Children’s Hospital Los Angeles. Sa maman, Sophie Gareau, nous raconte leur parcours.