Vie scolaire

Parcours scolaire des enfants ayant une surdité

Extrait du numéro 214 de la revue Entendre : La surdité en milieu scolaire

Par Ualace Campos, audiologiste, et Myriam Dicaire, audiologiste à la petite enfance (0-4 ans), à l’Institut Raymond-Dewar

Le choix d’une école pour son enfant fait partie des décisions importantes qu’un parent devra prendre. Plusieurs facteurs propres à l’enfant et à sa famille entreront en ligne de compte.

Lorsque l’enfant a une surdité, les options de scolarisation ne sont pas nécessairement connues des parents au départ.

S’informer et bien s’entourer deviennent les meilleurs outils pour faire un choix éclairé.

À l’Institut Raymond-Dewar (IRD), qui est un centre de réadaptation spécialisé en surdité et communication pour la région de Montréal et Laval, une équipe multidisciplinaire est disponible pour soutenir et guider la famille dans les démarches à suivre et les décisions à prendre.

Des intervenants spécialisés

Les intervenants impliqués varient selon les besoins de l’enfant et de sa famille. L’équipe de professionnels peut donc comprendre un audiologiste, un orthophoniste, un intervenant psychosocial (travailleur social, psychologue, psychoéducateur ou éducateur spécialisé) de même qu’un ergothérapeute et un coordonnateur professionnel.

Les intervenants feront des recommandations pour la scolarisation de l’enfant malentendant en fonction de son profil, notamment son degré de surdité, son niveau de langage et la présence ou non de difficultés associées.

Un aspect essentiel à considérer est le mode de communication de l’enfant. Les enfants utilisant la langue des signes pourront intégrer une école offrant un programme d’enseignement bilingue (français et langue des signes québécoise (LSQ)).

Pour les enfants communiquant oralement, les options incluent l’école de quartier de l’enfant (avec mesures de soutien adaptées) et des classes spécialisées en surdité dans des écoles désignées. Ces classes se distinguent puisqu’elles sont à effectif réduit et généralement équipées de systèmes pour transmettre la voix de l’enseignant. Le personnel de l’école est aussi sensibilisé à la surdité.

La fréquentation de ces classes spécialisées en déficience auditive peut être transitoire. Elle dépend de l’évolution de l’enfant au fil du temps. L’objectif visé est que l’enfant intègre éventuellement une classe régulière.

Il y a aussi des enfants qui, en plus d’une surdité, présentent d’autres déficiences. À ce moment, nous nous posons une autre question par rapport au choix de l’école :

Est-ce que le grand besoin d’adaptation est en lien avec la surdité ou plutôt associé aux autres difficultés?

Ces enfants peuvent aussi fréquenter d’autres écoles spécialisées, soit en déficience motrice ou intellectuelle, en troubles de langage ou d’apprentissage.

Les intervenants de l’IRD accompagnent la famille dans le processus de choix de l’école, mais la décision finale relève des parents et des critères établis par les centres de services scolaire et le ministère de l’Éducation.

La scolarisation

Les enfants malentendants ont la possibilité d’être scolarisés dès l’âge de 4 ans, dans une classe de pré-maternelle d’une école désignée en surdité. Cette opportunité permet à l’enfant d’être mieux préparé pour l’entrée en maternelle, par un programme favorisant la stimulation du langage.

Si l’enfant fréquente une classe spécialisée en surdité, la majorité des mesures de soutien sont déjà à sa disposition.

Dans les écoles régulières, des mesures de soutien peuvent également être mises en place, en fonction des recommandations des intervenants de l’IRD. Par exemple, l’audiologiste pourra recommander un système MF (un système qui permet à l’enfant de mieux entendre la voix de l’enseignant en classe), un placement préférentiel dans la classe, une sensibilisation auprès de l’enseignant et des collègues de la classe en lien avec la surdité et plusieurs autres stratégies qui faciliteront la réussite de l’enfant.

Lors du passage de l’élève au secondaire, les mêmes questions se posent à nouveau:

  • Classe régulière ou spécialisée en surdité?
  • Système MF ou non?
  • Besoin d’une sensibilisation à la surdité?

À ce moment, nous avons un adolescent qui peut aussi s’exprimer et participer aux choix. Mentionnons que les parents décident pour les jeunes de moins de 14 ans. Dans les écoles secondaires, l’autonomie et la responsabilité du jeune sont beaucoup plus sollicitées, car il doit transporter son système MF, chercher la meilleure place dans la classe pour bien entendre et s’adapter à plusieurs enseignants.

En plus des mesures de soutien offertes par le milieu scolaire, les professionnels de réadaptation visent à favoriser l’intégration de l’enfant ayant une surdité.

Une part importante du travail de l’audiologiste sera de sensibiliser le milieu scolaire à la surdité, de façon à réduire les situations de handicap et favoriser les apprentissages.

Lors des sensibilisations de classe en lien avec la surdité, nous fournissons de l’information sur l’audition, la surdité, les appareils auditifs, le système MF de même que sur les stratégies de communication et l’acoustique. Cette rencontre permet de démystifier la surdité et fait généralement en sorte que l’enfant malentendant recevra moins de questions ou de commentaires à ce sujet par la suite.

Les activités sont adaptées selon le groupe d’âge et du temps est consacré pour répondre aux questions des enfants. Ils réussissent souvent à nous impressionner avec la complexité de leur raisonnement. À nous de bien vulgariser l’information pour répondre à leurs questions, parfois à 100 $!

Un autre élément important concerne l’acoustique des écoles. Celle-ci peut être très variable, même dans les nouveaux bâtiments. Le bruit peut nuire à l’attention et à la concentration de l’enfant malentendant, qui fournira plus d’efforts pour entendre. Des améliorations simples peuvent être mises en place, qui favoriseront une meilleure communication dans la salle de classe. Tous, tant l’enfant malentendant, ses camarades que l’enseignant, profiteront d’un environnement plus calme, plus propice aux apprentissages.

La surdité peut être un obstacle à l’intégration scolaire, mais cet obstacle n’est pas insurmontable. Le choix d’une école adaptée aux besoins de l’enfant, une bonne synergie entre le milieu scolaire et l’équipe de réadaptation et une ouverture du personnel de l’école face à la surdité sont autant de facteurs de grande valeur pour le parcours scolaire de chaque enfant malentendant.

Mythes ou réalités?

Voici certains commentaires souvent entendus qui méritent d’être remis en perspective.

  • De la part d’enseignants:

« Je n’ai pas besoin d’utiliser le système MF, car j’ai une voix qui porte. »

L’objectif du système MF est de réduire l’impact du bruit et de la distance sur la perception de la parole de même que la réverbération. Le système MF n’amplifie pas le son; il permet une meilleure transmission de la voix de l’enseignant à l’enfant malentendant.

  • De la part d’enfants ayant une surdité à une oreille:

« Entendre avec une seule oreille est suffisant pour fonctionner en classe. »

Bien qu’un enfant avec une surdité unilatérale puisse bien performer à l’école, nous devons demeurer vigilants. Dans le silence, l’enfant va bien entendre. Toutefois, lorsqu’il y a du bruit ou lorsque l’enseignant parle du côté de la mauvaise oreille, ce sera plus difficile. L’enfant aura à fournir plus d’efforts pour suivre en classe, ce qui peut mener à une plus grande fatigue.

  • De la part de parents:

« L’enseignant nous dit qu’il ne remarque aucune différence depuis que mon enfant porte des appareils auditifs. Mon enfant doit-il continuer à les porter si cela ne semble pas l’aider?»

Selon le type et le degré de surdité, il peut être difficile de remarquer un changement lorsqu’un enfant débute le port d’appareils auditifs. Il est nécessaire que le port se soit étendu sur une certaine période, avant de juger des bénéfices. Les résultats scolaires sont des indicateurs, mais également la participation et le comportement de l’enfant en salle de classe.