Vie scolaire

Persévérer : Je suis le maître de mon destin

top_perseverer_maitre_de_mon_destin

Bonjour, je m’appelle Patricia Gagnon, j’ai 21 ans et je demeure à Amos en Abitibi. Je vais vous parler un peu de mon parcours scolaire et aussi de mon parcours de vie.

Le diagnostic

Premièrement, j’ai eu mon diagnostic de surdité sévère à profonde bilatérale à l’âge de 2 ½ ans. J’ai été appareillée 2 semaines après mon diagnostic et tout de suite, je me suis émerveillée avec la découverte des sons, je voulais toujours garder mes appareils. Une semaine plus tard, j’ai commencé des suivis 4 fois par semaine avec une orthophoniste au CLSC, puisque j’habitais à Matagami et que le centre de réadaptation le plus proche se trouvait à 2 heures de route.

La pratique du sport

J’ai suivi des cours de danse à partir de 3 ans, où je devais me faire des repères afin de suivre les autres puisque ma mère voulait que je m’intègre sans égard à la surdité. Ensuite, à 4 ans, j’ai tenté le patinage artistique et à partir de 5 ans, j’ai commencé le hockey qui est devenu une grande passion pour moi. Comme je joue à l’avant, je dois faire attention lorsque je pars en échappée puisque je n’entends pas le sifflet en cas de hors jeu ou de punition, je vais droit au but!! Ce qui a d’ailleurs failli me donner une punition pour avoir tiré la rondelle sur le gardien après un coup de sifflet, mais quand l’arbitre a su que j’avais une surdité, il m’a finalement donné un avertissement!

Encore aujourd’hui, je joue au hockey dans des tournois sociaux et j’ai récemment découvert l’Ultimate Frisbee que je pratique régulièrement. Au cours de mes études, j’ai joué au hockey, au soccer, au badminton, fait de la danse et aussi de l’escalade. En lien avec les sports, j’ai commencé, il y a 4 ans, à faire de la patrouille en montagne pour le Mont-Vidéo, je fais de la planche à neige et du ski.

Ma scolarité

Le primaire

Mes parents ont décidé d’intégrer le français signé à l’âge de 4 ans afin de faciliter le français à l’école et de suivre plus facilement en plus d’avoir le système MF. J’ai commencé la maternelle à 4 ans en intégration à 2 jours par semaine avec une éducatrice spécialisée qui apprenait le français signé en même temps que moi, vu qu’il n’y a pas d’interprète en région éloignée. Ma scolarité en général a bien été, toujours avec un interprète en français signé et un système MF en même temps. À 7 ans, j’ai déménagé à Amos afin d’avoir accès plus facilement aux services, donc j’ai commencé à avoir une interprète en deuxième année et elle m’a suivi jusqu’en secondaire I.

Le secondaire

Rendu en secondaire II, changement d’interprète… OUFFFF que ça a été compliqué! Elle tentait de changer tout ce qui allait bien avec mon ancienne interprète… donc jusqu’en secondaire IV, j’ai eu beaucoup de difficultés avec elle. J’ai eu des rencontres avec le directeur, les enseignants et même la psychologue scolaire. Finalement en secondaire V, je n’avais pas accès à une interprète, faute de disponibilité et celle que j’avais était en congé de maladie, mais les enseignants que j’ai eus ont été très aidants car ils se sont, en quelque sorte, adaptés à mes besoins: quand il y avait quelque chose que je ne comprenais pas, je pouvais aller les voir. Donc, j’ai fait mon secondaire V sans interprète et sans système MF, car je n’aimais pas ce système, oups! Mais j’ai eu accès à un outil technologique qui est l’ordinateur.

Quand j’ai reçu mon diplôme de secondaire, j’ai été super contente d’avoir terminé mon année avec mes notes de passages. De plus, ma mère avait engagé un professeur au privé depuis le secondaire III à raison d’une fois par semaine pour le français et les mathématiques, ce qui m’a énormément aidé. Avec surtout beaucoup de persévérance!! Maintenant, je suis en dernière année au Cégep en éducation spécialisée, j’ai une preneuse de notes, une interprète, un ordinateur avec le programme antidote et WordQ.

Une seconde ou troisième langue?

Concernant la langue seconde, au primaire, on avait demandé à mes parents s’ils voulaient enlever l’anglais afin de faciliter mon parcours scolaire, mais heureusement mes parents ont dit non, j’aime apprendre les langues même si ce n’est pas toujours facile. J’apprends au meilleur de mes compétences, donc j’ai continué l’anglais et rendue au Cégep, j’ai pris un cours complémentaire en espagnol, que j’ai réussi!

Malgré les difficultés auditives, on ne doit jamais lâcher, car on ne sait jamais où cela va nous mener!

En Abitibi, avec le Centre de réadaptation La Maison, j’ai pu faire des voyages avec FunAdos. FunAdos est un groupe d’adolescents malentendants de l’Abitibi et les voyages qu’on a faits avaient pour but d’améliorer notre autonomie et de nous faire travailler les objectifs que l’on voulait, de travailler en voyage, avec notre intervenante du Centre de réadaptation de La Maison. J’ai eu la chance de faire 4 beaux voyages à Montréal et Ottawa.

Ma première expérience à la fin de semaine familiale de l’AQEPA, j’avais 6 ans, j’aimais beaucoup le fait que je n’étais pas la seule qui portait des appareils auditifs. Quand j’y ai été la première fois, j’ai vu des appareils avec des moules de couleurs et quand nous sommes retournés en Abitibi, j’ai eu un rendez-vous avec mon audioprothésiste et depuis ce moment j’ai toujours des moules de couleurs, de plus j’ai été la première à en avoir par chez nous! J’aime toujours retourner à la fin de semaine familiale, car je me suis fait de bons amis et nous pouvons discuter entre nous quand on vit une difficulté liée à notre surdité et nous ne sommes pas jugés par d’autres gens.

Pour trouver un emploi étudiant, ce n’était vraiment pas facile, mais j’ai pu travailler au terrain de jeux (camps de jour) de Matagami comme animatrice, j’aime beaucoup cet emploi. Cette année, je me suis trouvé un emploi dans un petit restaurant de déjeuner, je fais de la plonge et aussi de la cuisine. Malgré toutes les embûches que j’ai eues, j’ai persévéré et je suis contente d’être où je suis rendue dans ma vie.

Une petite citation que j’adore pour terminer mon témoignage en beauté

I am the master of my fate,
I am the captain of my soul.

(Je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme.)