Les modes de communication

LSQ, Pidgin et Français signé

Par Anne-Marie Bergeron, France Henry, Julie Croteau et Sandra Mac Leod
Orthophonistes en intervention précoce, Programme 0-25 ans, Institut Raymond-Dewar, CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal

Un peu d’histoire

De tout temps, différentes méthodes ou approches se sont développées dans le but de permettre aux enfants présentant des surdités importantes de communiquer et d’apprendre. De celles-ci, des approches dites d’abord manuelles, puis gestuelles et maintenant signées, consistent à utiliser des signes.

*Notons que, dans ce texte, le mot « sourd » qualifie tout enfant qui a une atteinte auditive peu importe son degré.

Quelques définitions

Langue des Signes Québécoise (LSQ) :
Langue de la communauté Sourde, une langue signée, visuelle, non orale; une langue à part entière avec son vocabulaire et ses propres structures syntaxiques. La LSQ est la langue première dans un contexte de bilinguisme Sourd.

Français signé :
Langue française, visualisée par différents gestes et oralisée. En français signé, on parle et on ajoute à ce qu’on dit, des gestes ou des signes empruntés à la LSQ. On visualise la parole en codant tous les petits mots de la langue française, les articles, les pronoms, les temps de verbes,… Le français signé a été créé avec l’intention de favoriser l’apprentissage de l’écrit, mais s’avère complexe dans la communication au quotidien.

Pidgin :
Accommodement entre deux langues. Dans un pidgin LSQ-Français, le locuteur LSQ ajoute des mots sur ce qu’il signe et le locuteur francophone ajoute des signes sur ce qu’il dit.

Un brin d’actualité

En 2018, avec le dépistage précoce et l’accès facile à une technologie de pointe, le portrait de l’enfant sourd a considérablement changé. À notre programme, 78% des enfants à la Petite Enfance ont une surdité unilatérale, une surdité légère ou modérée alors que seulement 4% des enfants font usage des signes pour communiquer. Presque tous les enfants sourds ont donc un bon accès à la langue orale grâce à des aides auditives plus performantes ou des implants cochléaires.

Parlons de choix?

Il est indéniable qu’à prime abord, tout parent aime son enfant tel qu’il est et souhaite faire les meilleurs choix possibles afin de lui offrir les outils pour pourvoir à son bonheur et assurer son avenir. Mais en ce qui concerne la communication chez un jeune enfant sourd, peut-on parler de choix?

Un enfant qui n’entend pas la parole ne peut accéder au langage oral comme moyen privilégié de communication. Les Signes ne s’imposent-ils pas à ce moment, comme un moyen de communication naturel, puisque basé sur le canal visuel? Il est heureusement loin le temps de l’oralisme à tout prix et aujourd’hui, plusieurs options sont envisageables.

Opter ou non pour l’implantation cochléaire pour son enfant peut s’avérer un réel choix. Malgré tout, la grande majorité des familles entendantes vont vers cette technologie alors que peu de parents sourds la considèrent.

Concrètement, à notre programme d’intervention précoce

D’abord tous les parents souhaitent que leur enfant sourd apprenne sa langue maternelle, la langue du cœur, et la langue de la communauté dans laquelle il vit.

Pour l’enfant qui a accès à l’ensemble des sons de la parole et évolue dans un milieu entendant, l’oralisme va de soi pour les parents. Sa famille parle, ses pairs à la garderie parlent et il apprend naturellement à parler. La Langue des Signes est exposée aux parents, mais elle n’est pas requise au bon développement de l’enfant. Cet ajout est non nécessaire dans un contexte d’apprentissage linguistique souvent complexifié par la présence de 2, voire 3 langues orales.

Pour l’enfant qui a une surdité profonde, les signes sont préconisés. Concrètement, les parents sont informés que leur enfant a besoin des signes pour communiquer, pour apprendre et pour s’épanouir, même s’il est en très bas âge et même s’ils sont en démarche pour une implantation cochléaire. Rares sont les parents qui n’en utiliseront pas suite à cette recommandation même si, pour la majorité, ce n’est pas sans heurts. À notre programme, c’est alors la LSQ, ou un pidgin qui est prôné. En effet, la LSQ, une vraie langue, est la plus adéquate, mais le pidgin est souvent un compromis pour le parent qui est en plein apprentissage et qui veut continuer de parler à son enfant.

Pour l’enfant qui entend désormais grâce à l’implant cochléaire, le pidgin lui permettra un passage des signes à la parole seule. C’est actuellement la réalité pour la grande majorité des enfants implantés. L’enfant délaisse naturellement les signes, ayant accès à la langue de son environnement familial et social. Si le développement du langage oral tarde, les signes seront toujours présents.

C’est là le rôle qu’on s’est donné à notre programme, en intervention précoce.

  • Agir tôt, pour minimiser l’impact d’une limitation ou d’une privation auditive et linguistique.
  • Agir en partenariat avec les parents, en respectant leurs valeurs,… tout en les informant sur la surdité et ses impacts sur leur enfant, sur les options à leur disposition.
  • Agir intensivement sur le développement des habiletés auditives et orales de l’enfant, chez qui on vient d’offrir un nouvelle aide, un appareil auditif ou un implant cochléaire.
  • Agir de manière à s’assurer que le développement de l’enfant n’est pas compromis par le choix d’un mode, oral ou signé, et à lui permettre la meilleure orientation scolaire possible.
  • Agir professionnellement, en se centrant sur chaque enfant, ses capacités, ses besoins,… dans sa famille, sa communauté, sans se laisser influencer par nos propres valeurs ou dicter par les tendances dans le monde de la surdité.

En conclusion

Aucune approche ou méthode n’est l’Approche auprès de tout enfant sourd. Ni les assises solides de la méthode auditivo-verbale, ni l’apport des indices visuels de la LPC, ni les avantages incontestables de l’approche bilingue, … ne sont plus importants à considérer que le respect des besoins communicatifs de l’enfant. Il est important de s’assurer que l’enfant évolue dans un mode accessible pour lui, oral et/ou signé, un mode dans lequel il peut acquérir une langue, apprendre, évoluer et s’épanouir.

L’enfant sourd, plus que tout autre enfant, a besoin d’une stimulation intensive sur le plan de la communication et du langage. Il dépend donc de l’implication concrète de ses parents car ils sont ses locuteurs privilégiés. La surdité est un monde complexe, plein de controverses et chargé d’émotions. Plusieurs ressources sont disponibles. L’AQEPA, l’Internet, les échanges avec d’autres parents, les professionnels des milieux de réadaptation,… sont là pour vous informer, vous guider et vous diriger.

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À vous chers parents

Centrez-vous sur votre enfant et observez-le. Son développement tient dans cette merveilleuse dyade que vous formez avec lui. Impliquez-vous dans la réadaptation, posez vos questions et nommez vos inquiétudes. Vous et votre équipe de professionnels, avec un suivi régulier, arriverez à cerner les besoins de votre enfant et à lui offrir les outils dont il a besoin pour s’épanouir.  

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Les conseils de l’AQEPA

Comment savoir quel mode de communication conviendra le mieux à mon enfant? Il n’y a pas de modèle préétabli, pas de recette magique : Chaque option présente des avantages… mais également des limites, et chaque enfant est différent, avec ses forces et ses capacités.

N’oubliez pas :

  • Il est essentiel de prendre le temps de s’informer pour avoir accès à une présentation complète et objective des différents modes de communication à envisager, leurs avantages et leurs limites : renseignez-vous, posez des questions aux professionnels, aux autres parents, …
  • Le choix vous revient : chaque situation familiale est unique. Vous devez vous engagez dans la voie qui semble la plus adaptée à votre vie, en fonction du profil de votre enfant, de votre contexte familial, des ressources disponibles dans votre région etc…). Faites-vous confiance !
  • Le différentes approches peuvent se compléter et que votre choix est évolutif : il peut changer au cours de la vie de votre enfant.

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