Vivre avec la surdité

Rencontres de plan d'intervention : le point de vue des parents

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Le plan d’intervention est une démarche positive mettant au centre l’élève et autour les différents acteurs pouvant participer à sa réussite éducative : parents, enseignants, membres de la direction, éducateur ou éducatrice spécialisée, intervenants spécialisés de l’interne ou de l’externe. L’élève lui-même, s’il en est capable, doit participer à cette démarche.

Afin que cet outil soit élaboré et mis en place le plus efficacement possible, il est nécessaire (et obligatoire!) que les parents participent aux rencontres de préparation et de suivi. En effet, le parent doit pouvoir intervenir dans toute les sphères entourant son enfant puisqu’il est l’acteur qui le connaît le mieux

Concrètement, comment les parents perçoivent leur rôle et leur implication dans la préparation du PI? Pourquoi et comment optimiser leur participation?

Voici quelques idées et conseils, tirés de témoignages* de parents d’élèves sourds ou malentendants, pour vous aider à planifier cette démarche centrale pour leur réussite éducative :

Délais, préparation et déroulé

Demander une copie du plan d’intervention du centre de réadaptation, afin d’avoir une base de travail et de mettre en place des services de manière concertée :

“À la pré-maternelle, on leur a donné une copie du plan d’intervention du centre de réadaptation. On voulait les mettre au courant de l’état de situation de notre enfant et pour que l’on essaie tous de travailler sur les mêmes choses. On leur a présenté pour demander leur coopération, pour qu’on aille tous dans le même sens. La réception était vraiment bonne.”

 

Organiser les rencontres de préparation/mise à jour du plan d’intervention dans les temps pour s’assurer de la continuité des services :

“Les parents ne savent pas qu’il doit y avoir un plan d’intervention par année pour prévoir les services … Si en mars, on ne prévoit pas la reconduction des services pour l’année suivante, on se retrouve à devoir se battre pour retrouver des services que l’on avait pourtant l’année d’avant. C’est un combat quotidien, ça c’est clair, tout le temps.”

 

Se donner le temps d’évaluer le PI avec tous les intervenants et les parents, pour mettre en commun les constats et l’ajuster si nécessaire :

“On se laisse 2 à 3 mois après la mise en place du plan d’intervention à la rentrée pour qu’ils observent. Après on planifie une réunion pour voir si elle a encore les mêmes difficultés, ses forces et ce sur quoi travailler. Sans se parler, on avait noté les mêmes difficultés, les mêmes qualités et c’était plus facile de faire le plan d’intervention. Parce qu’il y a un plan d’intervention en début d’année, 2-3 mois après on voit l’évolution, ajuster et continuer jusqu’à la fin de l’année.”

 

Implication des parents, selon leur réalité

S’appuyer sur les idées et la motivation des parents, si cela peut être bénéfique :

“On s’est beaucoup impliqué au début de l’année pour que notre fille ait son plan d’intervention, pour qu’ils essaient d’éliminer le bruit des pieds de chaises avec des balles de tennis. On allait les installer, on les changeait de classe. Ça a fait qu’avec les autres élèves, la majorité du temps elle était bien acceptée!”

 

Tenir compte de la réalité familiale pour ne pas surcharger les parents, ou bien un des deux parents, et inclure des mesures de soutien (aide pédagogique) si nécessaire :

“On pouvait faire jusqu’à 3 heures de révision, de devoirs à la maison. C’était fatiguant pour elle, c’était fatiguant pour moi, parce qu’elle n’est pas seule, j’ai 5 enfants, dont un bébé (…). Donc là, je l’ai signalé auprès du centre. Ils ont essayé de lui donner de l’aide aux devoirs à l’école et de réduire un peu les devoirs qu’elle amenait à la maison.”

“À une rencontre à l’école, son père avait demandé ce qu’on pouvait faire de plus. Moi j’ai répondu que je ne pouvais rien faire de plus, je n’avais pas le temps, et j’étais déjà épuisée.”

 

Proposer des outils d’échange et de suivis pour les parents (type “cahier” avec les devoirs particuliers à faire, ce qui a été fait dans la journée…), faire des suivis sur tous les aspects de développement de l’enfant :

“Nous avons un cahier d’échange avec les devoirs à faire, avec la page de vocabulaire à relire, avec ce qu’ils ont fait en LPC, avec ce qu’ils ont fait dans la journée. On sait tout ce qui se passe tous les jours dans la classe et c’est formidable!”

“On a été chanceux, on est tombé sur une enseignante de maternelle qu’il aimait beaucoup, ça bien été toute l’année (…) elle nous a donné beaucoup de feedback sur la progression de l’enfant, et du feedback aussi au niveau social.”

 

Reconnaître l’expertise des parents concernant les besoins de leur enfant :

“J’étais là pour les besoins de mon enfant. J’étais là pour qu’elle ait ce que ça lui prenait. On la connaît, on le sait.”

“On a des spécialistes qui sont là qui savent de quoi ils parlent et en même temps eux sont les spécialistes des techniques, de la surdité, des problèmes langagiers.. Et d’un certain côté moi je suis la spécialiste de mon enfant. Il y a donc des éléments que eux vont ressortir et malgré leur compétences je me permets des fois d’avoir des perceptions un peu différentes.”

 

… tout en faisant attention à ne pas faire du parent un intervenant!

“Donc c’est ça on a des experts pour nous supporter nous conseiller sur la façon d’aider notre enfant, puis aussi le travail à faire directement avec lui.  Mais sans trop devenir intervenant, on a du travail à faire de notre côté et ils sont là pour nous épauler là dedans.”

“On m’a demandé si c’était possible que je participe un petit peu, que je pousse ma fille à faire des choses. À un moment donné, on m’a dit “Ça doit être assez évident pour vous parce que vous connaissez la surdité”… Puis c’est là que j’ai mis mon pied à terre et je leur ai dit  : “Écoutez c’est bien beau de connaître la surdité, mais maman d’un enfant sourd, c’est tout un apprentissage pour moi. Vous m’expliquez des choses, je comprends assez facilement, mais comment ça se traduit, concrètement?””

(Voir aussi Entre le rôle de parents et celui de parents-thérapeutes)

 

Demander la participation des deux parents, autant que possible : 

“C’est très rare qu’on ne fasse pas un plan d’intervention à deux. Je trouve que ce sont des périodes charnières. Puis mon mari a une certaine perception de notre enfant,  je me rends compte que sur certains éléments, mon mari le connaît très bien et sur d’autres éléments c’est l’inverse. Je pense que quand on fait des rencontres comme ça c’est important d’avoir les perceptions des deux parents.”

(Voir aussi L’implication du père : un élément clé pour la réussite scolaire des jeunes)

 

Miser sur la collaboration

Maintenir une bonne relation avec les parents

“Pour préparer le plan d’intervention, il y a l’orthopédagogue, l’interprète, le directeur… Si tu n’as pas une bonne chimie avec ce monde-là, c’est sûr que tu vas perdre ton enfant. On se parle beaucoup avec les professeurs, ça va super bien là, on est chanceux.”

“Avant d’entrer à l’école, on travaillait ensemble, on avait des objectifs communs, il y avait une plus grande place pour le parent. Après c’est l’entrée dans le système scolaire, donc plus axé sur l’enfance, les progrès académiques, les comportements en classe. Mais j’avais pas toute ma place… J’étais là, j’ai assisté au plan, j’ai écouté. Ils m’ont dit ce qu’il se passait puis ils m’expliquaient ce qu’ils allaient faire. Et je dirais que d’un directeur à un autre c’était pas la même place qu’on donnait aux parents.  Il y a eu d’autres années où le fait d’avoir une direction beaucoup plus ouverte a laissé la place à l’enseignante et à la collaboration entre nous.”

 

Impliquer les professionnels de l’équipe de réadaptation et valoriser les forces de l’élève :

“L’orthophoniste suit ma fille depuis qu’elle a un an et demi. Elle va toujours venir à tous les plans d’intervention à l’école. Elle a été absente pendant une période et au début j’y allais tout seul. J’ai fini par dire au centre de réadaptation que si personne ne m’accompagnait à ces rencontres pour les plans d’intervention, je n’y allais plus. La travailleuse sociale est donc venue avec moi, et elle faisait toujours ressortir les points positifs, alors que le reste de l’équipe focalisait sur le négatif. Je devenais fâché de toujours entendre du négatif, mais je savais que ce qui se disait était vrai. Une chance que la travailleuse sociale est venue parce qu’après un moment donné, je n’en pouvais plus.”

 

Et vous?

Vous avez d’autres pistes, d’autres bonnes pratiques à partager pour que ces rencontres se déroulent pour le mieux? Contactez-nous!

* Témoignages issus de la recherche “Expérience des parents ayant un enfant sourd”, dirigée  par Charles Gaucher PhD, professeur à l’Université de Moncton.

Pour aller plus loin...

Découvrez tous les outils de notre trousse pour la rentrée scolaire :

  • Modèle de plan d’intervention
  • Présentation : “Conseils pour enseigner à un jeune vivant avec une surdité”
  • Vidéo : “Pour jouer ensemble, il faut bien s’entendre” (adaptations et stratégies de communication)
  • … et bien plus encore!